« 15 octobre 1878 » [source : Syracuse], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4691, page consultée le 25 janvier 2026.
Guernesey, 15 oct[obre 18]78, mardi matin, 6 h.
Cher bien-aimé adoré, j’attends qu’il fasse jour chez toi pour envoyer prendre des
nouvelles de ta nuit qui aura été bonne, je l’espère, malgré la brûlure du
sinapismea Rigollotb1.
J’ai beau savoir que ton
bobo n’est rien qu’un petit refroidissement causé par ton peu de précaution contre
le
froid et les brumes du soir pendant tes promenades trop tardives, la pensée que tu
souffres, ne m’en est pas moins insupportable et je ferais tout au monde pour que
cela
ne t’arrive jamais. Aussi je serai bien heureuse tout à l’heure si on m’apporte, comme
je l’espère et comme je le désire de tout mon cœur et de toute mon âme, de bonnes
nouvelles de toi. Je pense que Corbin2 viendra te voir de bonne [heure] ce matin.
Peut-être ne voudra-t-il pas que tu sortes en voiture découverte aujourd’hui car il
fait un vilain froid noir et humide tout à fait contraire à la petite indisposition
que tu as et qu’il ne faudrait pas prolonger ni aggraverc par imprudence3.
Je te supplie, mon adoré, de prendre
soin de toi si tu m’aimes autant que je t’aime, moi qui t’adore.
Monsieur
Victor Hugo
Hauteville House
1 Le pharmacien Paul Jean Rigollot inventa en 1866 le sinapisme appelé « papier Rigollot », cataplasme à la farine de moutarde noire déshuilée.
2 Médecin de Guernesey.
3 « Le grand bien-aimé entre tous les plus grands et les plus bien-aimés continue de se porter très bien. À part un peu d’agitation la nuit, qui l’empêche de dormir autant qu’il en a l’habitude, et qu’il attribue au départ de son incomparable et bien cher ami Paul Meurice, sa santé ne laisse rien à désirer. » (Lettre de Juliette Drouet à son neveu Louis Koch, 14 octobre 1878, Juliette Drouet – Lettres familiales, p. 412.)
a « cinapisme ».
b « Rigolot ».
c « agraver ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est victime d’un accident vasculaire cérébral. Toute la famille l’accompagne en convalescence à Guernesey, où Juliette découvre, dans des carnets cryptés en espagnol, l’ampleur de ses infortunes. Au retour, ils emménagent avenue d’Eylau.
- 15 janvierHugo lègue à Juliette Drouet 12 000 francs de rente viagère.
- 15 marsHistoire d’un crime (tome II).
- 29 avrilLe Pape.
- 27-28 juinHugo est victime d’un accident vasculaire cérébral.
- 4 juillet-9 novembreSéjour à Guernesey.
- À partir du 17 juilletJuliette, ayant découvert dans un carnet de Hugo les commentaires cryptés en espagnol de ses bonnes fortunes, écrit régulièrement à son neveu Louis, resté à Paris, et lui demande de lui envoyer un vocabulaire franco-espagnol, et d’enquêter sur la vie actuelle de Blanche.
- 26 aoûtJuliette refait son testament. Le nouveau est plus favorable à son neveu Louis Koch qu’à Victor Hugo.
- 10 novembreInstallation au 130, avenue d’Eylau.
